Pérou : des fruits et du café, plutôt que du cuivre


Des communautés locales votent contre le projet minier Río Blanco

 Lors d’un référendum, trois communautés paysannes du Nord du Pérou ont voté contre Río Blanco, le plus grand projet d’extraction minière du consortium Cino-Britannique Monterrico Metals. La mine de cuivre que celui-ci a prévue d’ouvrir est considérée comme un préambule à un district minier amplement étendu en Haute-Amazonie, là où l’Amazone prend source. Les communautés locales sont fortement opposées à ce projet qui met en péril l’agriculture et par conséquent leur droit fondamental à l’alimentation et à l’eau. L’impact d’un district minier serait irréversible pour les ressources en eau et les écosystèmes des páramos, les hautes plaines des Andes, et pour les forêts humides. Les campesinos considèrent ce référendum comme un appel aux autorités nationales péruviennes pour entamer un nouveau dialogue.

Dimanche dernier, 95% des 18.000 votes au referendum affichaient « NON » à la mise en place d’un projet minier dans le Nord du Pérou. Environ 60% des paysans ont fait, de leur plein gré, un trajet de plusieurs heures à pied pour aller voter. Par ce référendum, les communautés de Ayabaca, Pacaipampa et Carmen de la Frontera espèrent réentamer un dialogue avec le gouvernement national sur la présence illégale de Minera Majaz, filiale de Monterrico Metals.

L’enjeu du referendum est l’avenir du Nord du Pérou. Monterrico Metals, qui essaie par tous les moyens d’imposer son projet d’extraction de cuivre Río Blanco, s’est donné l’objectif de développer un énorme district minier. La population locale ne cesse de mettre en garde contre l’impact plus que néfaste pour la réserve d’eau de la région. Leur inquiétude ne concerne non seulement leurs activités agricoles quotidiennes mais également la biodiversité de la région. La zone est productrice de café organique exportée vers l’Europe et de fruits vendus dans les marchés locaux. La mine de cuivre, en plein milieu des forêts humides et des páramos de la Haute-Amazonie, menace les sources de multiples cours d’eau, dont l’Amazone. L’unique et fragile écosystème du Nord du Pérou régule les réserves d’eau et héberge également des espèces animalières menacées de disparition comme l’ours à lunettes et le tapir andin.

Depuis 2002, la présence illégale de la compagnie a engendré un conflit particulièrement aigu dans la région. Minera Majaz a entamé ses activités d’exploration sans le consentement des communautés locales, ce qui signifie une violation de la législation nationale et des conventions internationales. Les protestations massives des communautés locales n’ont jamais été entendues mais réprimées brutalement, ce qui a causé la mort de deux personnes et de nombreux blessés. Par le référendum, les communautés locales espèrent résoudre ce conflit de manière pacifique.

Le boom récent du prix des métaux a mis en marche une nouvelle course aux concessions pour s’acquérir le restant des gisements de métaux et de minéraux inexploités dans le monde. Vu le contexte actuel, il est à craindre que les projets prévus ne soient guère des exemples de développement durable. Ayant lieu quelques années après un résultat similaire à Tambogrande, à une bonne centaine de kilomètres de là, le référendum sur le projet Río Blanco pourrait être un autre pas historique vers un changement dans les politiques d’exploitation des ressources naturelles. L’attention massive des médias pour le référendum ces dernières semaines démontre que un débat approfondi est imminent.

Pour plus d’informations:

www.consultavecinal.org
www.todosobremajaz.com